TUMULUS DE BLEHEN

Rapport des fouilles faites en février-mars 1874 par l’I.A.Lg.

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Le tumulus belgo-romain de Blehen se trouve, à presque égale distance du côté Sud de la tombe de Braives, dite d’Avennes, placée près de la grande chaussée romaine se dirigeant de Bavay sur Cologne, tombe explorée en mai 1873 & du côté Nord, de la tombe Hémava, située sur le territoire de Montenaken et nivellée malheureusement en 1853 & à l’Ouest, de la villa belgo-romaine de Bertrée dont les substructions ont été explorées par l’auteur de ce rapport, en octobre 1872.

La tombe de Blehen forme une ligne assez directe, allant du Sud au Nord, avec les tombes, ses voisines, de Hémava, les trois tombes (les Dhitommen] de Vorsen-Cortijs et les deux tombes [Tweetommen) de Petit-Fresin (Montenaken); mais avec cette différence cependant que sa grande ou longue pente latérale, pareille à celle de la tombe de Braives, de la Bortombe de Wals-Beetz, et celle du Tombal, nivelée aujourd’hui d’Avernas-le-Bauduin, est à l’Est avec la colline inclinée de ce même côté, tandis que celle des autres est à l’Ouest, indice jusqu’ici resté assez probable d’une certaine antériorité.

D’un point de la Haute-Chaussée de Bavay à Tongres et aussi de la chaussée de Nivelles, grand diverticulum ou embranchement de la première, la tombe de Blehen pouvait être aperçue par les voyageurs de ces grands chemins, de sorte que ce tumulus était, dans le sens strict, un vrai monument ; en effet, si les tombeaux distingués des morts sont appelés Memoriæ ou Monumenta, cela rappelle aux passants qu’ils sont mortels, comme les morts l’ont été. A Rome cependant, en préférant les bords des routes les plus fréquentées, pour y faire figurer leurs mausolées, les familles patriciennes y avaient vu un moyen de donner une haute idée de leur grandeur aux passants et aux étrangers.

Parmi les nombreux tumulus et substructions de villas qui se trouvent dans un certain rayon autour de Montenaken. La tombe de Blehen fut tenue longtemps en réserve à cause de certaines difficultés particulières que présentait son exploration par suite des arbres dont elle est couverte, et des arbustes dont elle est entourée jusqu’à sa base.

La tombe de Blehen, dont l’intérieur est sillonné en tous sens par de nombreux terriers de renards, était, avant réparations, assez défigurée à l’extérieur. Elle se trouve assise sur une colline peu inclinée au Nord, mais surtout à l’Est, et elle- même est inclinée dans le même sens. Sa base, une circonférence de 98 mètres et son sommet est haut de 27 m. Son élévation oblique de l’Ouest et au Midi est de 10 m, et de 13 m du Nord à l’Est. Il y a du Midi jusqu’au Centre (tilleul) une longueur horizontale de 16 mètres. Il n’est pas sans intérêt d’observer de quel côté se trouve l’inclinaison de la colline ou la grande pente latérale d’une tombe belgo-romaine, si elle est à l’Est ou à l’Ouest ; en supposant, en effet, le sommet de la tombe divisé en quatre quartiers égaux par deux lignes se croisant, dont l’une va du Nord (Est) au Sud, et l’autre de l’Est à l’Ouest, la pente allongée est du côté de l’Est, si caveau il y a, devrait se trouver vers le centre-Ouest, touchant toutefois aux trois autres quartiers pour empêcher les eaux de descendre vers la chambre sépulcrale souterraine au moyen des grandes pentes du monument extérieur. Un puits à gauche de la galerie par une ouverture transversale  se trouve normalement près du caveau, si caveau il y avait.  Les fouilles dans la tombe de Blehen commencèrent le mardi 17 février 1874 par une galerie souterraine partant du Sud-Ouest vers le centre, de style ogival avec une mince plate-bande comme clef de voûte, a été faite de dimensions de 1,8 m de haut et 1,7 de large. Respectant les arbres sur la tombe ainsi que les arbustes autour de sa base, la terre n’en put être extraite qu’au moyen de la pelle et sans brouette; et elle ne put être déposée que sur le talus même de la tombe.

Le caveau vidé, les trous de la tombe bouchés et les creux comblés, qui la défiguraient à l’extérieur, une petite plaque de bronze a été trouvée, (5 x 3 cm), peut-être a-t-elle appartenu au palastre d’une serrure.

La tombe de Blehen, peu visible à cause du bois, a eu le grand privilège de ne pas avoir été visitée, c’est à la mémoire d’un païen qu’a été érigé le tumulus de Blehen. Cette sépulture date de l’époque de la crémation, comme tout le contenu du caveau le trouve. L’emplacement du bûcher n’a cependant pas été rencontré, lequel pourrait se trouver sous la tombe plus vers l’Est, en dehors de la galerie. Chez les Romains, la propriété des tombeaux était exclusive. Il importe, dit Cicéron, de posséder les monuments des ancêtres, de partager les mêmes sacrifices et les mêmes tombeaux, delà l’usage si commun de rapporter dans la patrie Parmi nos tertres de la Hesbaye, il y en a qui, comme le tumulus Honorarius de Drusus sont simplement honorifiques, ne renfermant aucune sépulture, comme j’ai pu le véritier par mes fouilles dans le beau tumulus de Montenaken, dit d’Avernas, et dans celui, au moins aussi beau, d’Avernas-le-Bauduin, ainsi que dans ceux du Tombosch à Niel. La sépulture de Blehen datait de l’époque de l’incinération. Cet usage de brûler les corps, les Romains l’introduisirent vers l’an 500 av. J.-C, non par raison de salubrité publique, mais dans le but religieux de dérober les restes de leurs morts aux outrages des vainqueurs. Toujours en guerre avec les peuples du Latium et de l’Italie, ils ne tardèrent pas à s’apercevoir que leurs ennemis ne craignaient point d’exhumer les cadavres et de profaner les tombeaux; ce qui fit cesser le mode d’inhumation, et la coutume de brûler devint bientôt générale. Quelques familles aristocratiques seules refusèrent d’adopter le rite des bûchers funèbres.

Le mode de sépulture par crémation a duré, en Italie et dans l’empire romain, pendant les quatre premiers siècles de l’ère chrétienne. Mais depuis la paix donnée à l’Église par l’empereur Constantin en 312, l’inhumation, dont les chrétiens n’avaient cessé de se servir, comme l’attestent les catacombes, surtout celles de Rome, devint successivement plus fréquente dans le cours du IVe S.


Relevé topographique

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Relevé archéologique

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I. Urne cinéraire, olla cineraria, trouvée en morceaux. Urne en terre cuite, vase de forme large, ventrue, à large ouverture, muni d’un pied, sans anse. Traces de dorure au mica (sorte de sable d’or), qui a résisté au temps, quoique disparaissant facilement étant mouillée ou frottée. Le haut de l’urne est orné de deux rangs de petits boutons ronds faisant fossettes à l’intérieur et cercle à l’extérieur. Le bas de la panse est entouré d’une bande formée par deux ou trois lignes parallèles. Ces lignes et les petites bosses sont aujourd’hui peu visibles. L’intérieur de ce vase est parsemé de petites taillades verticales et peu larges, disposées en losange, remplaçant vraisemblablement la granulation si commune à l’intérieur de tant d’autres vases.

II. Buire, à forme élégante, à goulot rond, à panse basse et fortement bombée, mais dépourvue d’anse. Détériorée par suite de l’éboulement et probablement de sa vétusté.

III. Patère en terre samienne, porte le sigle du potier. Beau vase, malgré son long séjour en terre, a conservé la fraîcheur de sa belle couleur rouge. Trouvé debout et intact près de la paroi. Employées pour faire des libations dans les cérémonies funéraires.

IV. Vase noir a onguent, large ouverture et panse très-anguleuse fait d’une pâte noire, très-fine et reluisante, ressemblant à de la corne, et d’une forme fort élégante.

V. Jatte ronde (patina) à profil rentrant en fine terre samienne (terra samia), marque du fabricant.

VI. Grande patère en terre samienne, vase importé d’Italie par la grande chaussée de Bavais à Tongres, dont Blehen n’est pas éloigné. Aussi, qu’on remarque la nature toute romaine des noms des sigles de Blehen.  La patère de Blehen porte la marque du fabricant : of. vitalis. Les vases en terre samienne de la fabrique de Vitalis ont été répandus dans presque tous les pays de l’Europe. Cette maison, dont on a retrouvé des produits à Pompéï, paraît avoir eu une très longue durée de fabrication encore sous l’empereur Héliogabale, Marcus Aurelius Antoninus [règne de 218 à 222]

VII. Patère en terre samienne avec un brillant lustre rouge, en tout ressemblant à celle du n° 3, mais d’un centimètre plus étroite à l’orifice. Son sigle est : vita.

VIII. Jatte en terre samienne de forme conique. Sa brillante couverture rouge est la même que celle des poteries samiennes précédentes.

IX. Petite jatte cylindrique en terre samienne, évasée comme la précédente, intacte, quoique elle aussi ait eu à soutenir, peut-être pendant des siècles, le poids du même bloc, dans lequel elle a laissé une empreinte assez profonde. Elle n’a rien perdu, par son long séjour en terre, de sa belle couleur. Elle est de la tinte terre de Samos au coloris rouge. Elle port la marque de l’artiste qui l’a fabriquée : PATRici, sigle déjà connu.
Destinés aux mets de la table mais aussi aux sacrifices. Les poteries de Blehen trouvées debout à la place qu’elles avaient d’abord reçue, ne laissent apercevoir aucune trace d’avoir jamais rien contenu, elles semblent y avoir été déposées entièrement vides. Leur fond uniquement rempli de terre; mais à leur orifice, il y avait un mélange de terre et de cendres provenant probablement de la pourriture du bois du coffret de sépulture.  La tombe de Blehen révèle autant de sigles que d’exemplaires. Le nom très connu de Vitalis s’y trouve jusqu’à trois fois et de trois manières différentes.

X. Pot en terre cuite ordinaire, de couleur bleuâtre, à bord plat et de belle forme. Sortie du caveau, elle offrait son extérieur vers le bas tout chargé d’une crasse noirâtre tort épaisse, signe évident que cette urne ou ollula avait été au feu.

XI. Flacon en verre bleuâtre à grande panse ronde ornée de stries ou côtes concentriques. Le col et l’anse de celte carafe sont démesurément longs.

XII. Verre ou gobelet à boire assez belle, peu connue.

XIII. Carafe ou flacon en verre bleuâtre à panse conique et vilaine, ornée verticalement de côtes en relief et munie d’un pied, forme excentrique marquant une époque de décadence, col et anse excessifs.